Avec Édouard Philippe à Matignon, Emmanuel Macron divise la droite

En nommant le député-maire LR du Havre Édouard Philippe au poste de Premier ministre, Emmanuel Macron entend rallier une partie des représentants de la droite modérée et provoquer, à terme, une scission chez Les Républicains. Jour après jour, la recomposition politique imaginée il y a de nombreux mois par Emmanuel Macron s’opère, conformément à ses prédictions. Après l’effondrement du Parti socialiste durant la campagne présidentielle, ce pourrait bien être au tour du parti Les Républicains (LR) de se déchirer durant la campagne des élections législatives. En choisissant le juppéiste Édouard Philippe à Matignon, lundi 15 mai, Emmanuel Macron a réussi…

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En nommant le député-maire LR du Havre Édouard Philippe au poste de Premier ministre, Emmanuel Macron entend rallier une partie des représentants de la droite modérée et provoquer, à terme, une scission chez Les Républicains.

Jour après jour, la recomposition politique imaginée il y a de nombreux mois par Emmanuel Macron s’opère, conformément à ses prédictions. Après l’effondrement du Parti socialiste durant la campagne présidentielle, ce pourrait bien être au tour du parti Les Républicains (LR) de se déchirer durant la campagne des élections législatives.

En choisissant le juppéiste Édouard Philippe à Matignon, lundi 15 mai, Emmanuel Macron a réussi son pari de rallier à lui un petit groupe d’élus LR et des centristes de l’UDI. La manœuvre n’était pas gagnée d’avance. Ces représentants de la droite dite « modérée » attendaient des gages avant de répondre à l’appel du nouveau président de la République. La nomination du député-maire du Havre, qui a déclaré lundi soir sur TF1 s’inscrire « dans une logique de recomposition de la vie politique », a donc visiblement convaincu.

Il n’a ainsi pas fallu attendre longtemps après la passation de pouvoir entre Bernard Cazeneuve et Édouard Philippe pour que 21 élus LR et UDI publient une tribune appelant « leurs familles politiques » à répondre favorablement « à la main tendue par le président de la République ». Parmi les premiers signataires, on retrouve notamment le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, le député des Hauts-de-Seine Thierry Solère, le maire de Reims, Arnaud Robinet, le maire d’Angers, Christophe Béchu, le maire de Coulommiers, Franck Riester, l’ancienne maire de Strasbourg, Fabienne Keller, l’ex-ministre des Transports Dominique Bussereau, le maire de Nice, Christian Estrosi, ou encore le maire de Châlons-en-Champagne, Benoist Apparu. Ils ont été rejoints dans la soirée par d’autres personnalités, parmi lesquelles Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-Louis Borloo

« La nomination par le président de la République d’Édouard Philippe, député-maire Les Républicains du Havre comme Premier ministre, représente un acte de portée symbolique considérable, écrivent les élus dans leur communiqué. La droite et le centre doivent prendre la mesure de la transformation politique qui s’opère sous ses yeux. Plutôt que les anathèmes, les caricatures, les exclusions, nous demandons solennellement à notre famille politique d’être à la hauteur de la situation de notre pays et de l’attente des Français qui, au lendemain de l’élection d’Emmanuel Macron, attendent de nous d’être au rendez-vous de l’intérêt général. Nos familles politiques de la droite et du centre doivent répondre à la main tendue par le président de la République. »

« Je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras »

Concrètement, cette volonté de travailler main dans la main avec Emmanuel Macron pourrait se traduire par la nomination de certains d’entre eux au gouvernement, dont l’annonce de la composition est prévue mardi en fin d’après-midi. La liste des dernières investitures de La République en marche pour les législatives, attendue mercredi, pourrait elle aussi réserver quelques surprises, les circonscriptions de la plupart de ces élus de la droite modérée ayant été jusqu’à présent laissées vacantes.

Du côté des Républicains, on préfère minimiser la nomination d’Édouard Philippe à Matignon. Le comité de campagne, qui s’était réuni lundi matin sous la présidence de François Baroin, a souligné qu’il ne s’agissait « en aucun cas d’une coalition gouvernementale mais bien d’une décision individuelle ». Et Bernard Accoyer, secrétaire général de LR, l’a pressé de sortir de l’ambiguïté : « Ce Premier ministre soutiendra-t-il les candidats En Marche !, du président de la République qui vient de le nommer, ou soutiendra-t-il les candidats LR-UDI, ceux de sa famille politique ? »

Déjà fracturé par une campagne présidentielle compliquée, le parti Les Républicains aura du mal à retrouver de la sérénité pour les législatives. Une situation conforme à la stratégie décrite par Emmanuel Macron dès l’automne 2016. Dans un reportage d’Envoyé Spécial diffusé le 11 mai sur France 2, on le voit en effet expliquer à son équipe, juste après la victoire de François Fillon à la primaire, vouloir « déstabiliser une partie de la droite qui ne se retrouve pas dans le vote Fillon ». « Pour des raisons politiques, les états-majors ne viendront pas. On le sait très bien, on en a fait le diagnostic très tôt, poursuit-il. Donc je ne cherche pas à les faire venir, je cherche à les déstabiliser en leur ouvrant les bras, pour que le coût de la rupture soit de leur côté. »

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