Au Havre, dans la ville d’Édouard Philippe, la chasse aux électeurs d’Emmanuel Macron

Dans la 7e circonscription de Seine-Maritime, où Edouard Philippe était député, aucun candidat En Marche n’a été investi. Les candidats PS, LR et PRG tentent chacun de capter les électeurs séduits par Emmanuel Macron. De quoi s’y perdre.

Dix-huit candidats, mais aucun investi par La République en Marche (LREM). C’est à n’y rien comprendre pour les habitants de la 7e circonscription de Seine-Maritime : Édouard Philippe, leur député depuis 2012 (qui était aussi leur maire pour beaucoup, puisque la circonscription comprend quatre cantons du Havre) a beau avoir été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron, le parti n’a investi personne pour lui succéder à l’Assemblée nationale. Une façon de ménager le nouveau chef du gouvernement en lui évitant de faire campagne contre son ex-adjointe à la mairie du Havre, Agnès Firmin Le Bodo.

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Dans cette circonscription où, lors du premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron a fait jeu égal en tête avec Jean-Luc Mélenchon, cette absence de candidat LREM pour les législatives aiguise les appétits de plusieurs candidats et déboussole complètement les électeurs.

« S’ils n’ont mis personne en face de moi, c’est qu’ils ont dû juger que j’étais Macron-compatible »

Il y a d’abord Agnès Firmin Le Bodo, la candidate LR/UDI, « une femme de droite », comme elle se présente, « la favorite » du scrutin, comme elle est présentée. À l’instar de beaucoup d’élus proches d’Alain Juppé ou de Bruno Le Maire, elle a signé l’appel à répondre à « la main tendue par le président de la République ». Et depuis quelques jours, un bandeau jaune fluo barre sur ses affiches de campagne : « Donnons une majorité à Édouard Philippe ». S’est-elle vue proposée l’investiture LREM ? « Oui, mais j’ai refusé », a-t-elle dit à France 24 mardi 30 mai, en marge d’une réunion publique dans le quartier résidentiel de Sanvic, dans la ville haute.

Pas contre « un changement de méthode à la Philippe », elle refuse, en revanche, « un abandon de valeurs » : « J’ai pris ma carte au RPR à l’âge de 15 ans, ce n’est pas maintenant que je vais changer ». Ce soir-là, la trentaine de personnes venues l’écouter sont, avant tout, des militants LR venus en voisins.

Réunion publique de la candidate LR/UDI Agnès Firmin Le Bodo dans le quartier résidentiel de Sanvic. © Alcyone Wemaëre, France 24

L’assemblée n’est pas des plus jeunes, mais il y a du beau monde : Antoine Rufenacht, figure tutélaire de la droite havraise et le prédécesseur d’Édouard Philippe à la mairie du Havre, est venu la soutenir. À la tribune, l’adjointe au maire assure vouloir faire du Havre le port naturel de Paris et vante son expérience, ses liens avec Édouard Philippe et les personnalités de la droite locale et nationale, dont Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France.

Si elle parle volontiers d’Édouard Philippe et de « son » gouvernement ou de « son » action pour « alléger le code du travail », elle ne fait jamais référence à Emmanuel Macron. Sauf lorsqu’à l’issue de la rencontre, une dame, apparemment pas hostile à l’idée de donner la majorité au président de la République, vient l’interroger : des amis lui ont parlé d’un candidat pro-Macron. « Il n’y a pas de candidat En Marche ! sur la circonscription », répond fermement Agnès Firmin Le Bodo avant d’ajouter : « Mais s’ils n’ont mis personne en face de moi, c’est qu’ils ont dû juger que j’étais Macron-compatible ».

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